Percée
Percée
2024 | 8'26 | France
Un matin, les cris des hommes me réveillent.
« Allez, allez, allez »
Les cloches courent.
« Allez, eh, oh »
Ils s’appellent, s’interpellent.
« Allez »
Ils cherchent, traquent.
« Allez, lé, lé, lé »
Alors, je les cherche, traque.
« Allez, putain… »
Trois assemblages de cuir recyclé sont suspendus dans la pénombre de la salle d’exposition. Disposés frontalement à différentes profondeurs, ils forment un espace scénique. Sur ce « théâtre immobile » sont projetées des images en mouvement de forêt, tandis que des voix lointaines, des sons de clochettes et des aboiements résonnent dans l’espace. Les peaux, délibérément trouées, laissent la lumière projetée s’échapper et déborder sur les murs, composant ainsi l’espace de cette « installation-théâtre ». La projection et les jeux d’ombre et de lumière jouent des perceptions. Les peaux se métamorphosent en camouflage et se fondent dans la forêt projetée, tandis que les ombres suggèrent tantôt des feuillages, tantôt des silhouettes animales. Si les cris et les cloches nous suggèrent d’abord des bergers les coups de feu soudains les transforment cette perception, et suggèrent alors des chasseurs invisibles. Les animaux, traversant furtivement l’espace de projection, viennent parfois appuyer cette hypothèse. Conçue comme un film se déployant dans l’espace, l’installation se veut non-narrative. Le montage est orchestré pour créer une tension croissante, privilégiant la suggestion à la révélation explicite. Cette approche invite le spectateur à construire sa propre interprétation, naviguant entre réalité et imaginaire. Le visiteur peut observer l’installation de manière frontale depuis un banc disposé face à l’œuvre, se transformant ainsi en observateur-traqueur de ces présences invisibles. Ce banc, également recouvert de fragments de cuir, ajoute une dimension olfactive et tactile à l’expérience, renforçant l’immersion sensorielle. Les plus audacieux déambuleront dans l’espace scénique, s’immergeant totalement dans cette forêt illusoire, au risque de devenir soi-même la proie.
One morning, the shouts of men wake me.
« Come on, come on, come on. »
The bells ring.
« Come on, eh, oh. »
They call out to each other, shout to each other.
« Come on. »
They search, stalk.
« Come on, Come on, Come on. »
So, I search for them, stalk them.
« Come on, damn it… »
Three assemblages of recycled leather are suspended in the dimness of the exhibition room. They form a scenic space arranged frontally at different depths. On this « immobile theater, » moving images of a forest are projected. Distant voices, bell sounds, and barking resonate throughout the space. The perforated the leather allows the projected light to spill onto the walls to compose the space of this « theater-installation. » The projection and the light and shadow effect distort perceptions. The skins metamorphose into camouflage to become the projected forest. The shadows suggest at times foliage, at other times animal silhouettes. If the shouts and bells initially suggest shepherds, the sudden gunshots transform this perception: they turn into invisible hunters. Animals, furtively crossing the projection space, occasionally reinforce this hypothesis. Conceived as a film unfolding in space, the installation is non-narrative. The editing is orchestrated to create a growing tension, favoring suggestion over explicit revelation. This approach invites viewers to construct their own interpretations, navigating between reality and imagination. The visitor can observe the installation frontally from a bench placed facing the work, transforming themselves into an observer-tracker of these invisible presences. This bench covered with leather fragments, adds an olfactory and tactile dimension to the experience, enhancing sensory immersion. The more adventurous may wander through the scenic space, fully immersing themselves in this illusory forest—at the risk of becoming prey themselves.


Jeannie Brie est une artiste plasticienne diplômée de l’ENSAD-Nancy en 2014. Elle réside et travaille à Nancy, où elle est engagée au sein d’Ergastule et du GRAVE – groupe de recherche audio et visuelle expérimentale. Son travail prend principalement la forme d’installations et de performances audiovisuelles, où elle utilise la vidéo comme une matière-image pour sculpter et transformer les espaces. Elle y crée ainsi des environnements immersifs, engageant le spectateur dans une relation directe et tangible avec l’espace. Entre prises de vues du réel, images d’archives et expérimentations d’atelier, elle se compose des bibliothèques d’images qui forment ses « gammes visuelles ». En s’appuyant sur des techniques de manipulation de l’image comme le temps réel, le mapping et l’interactivité, elle développe des récits non linéaires qui interrogent notre rapport à la mémoire et au temps. En 2018, elle redécouvre des bandes issues de ses archives familiales, qu’elle questionne et réinterprète au sein du corpus Variations et Souvenirs. Les performances et installations créées sont pensées comme un ensemble de pièces indépendantes, qui se répondent et s’inscrivent dans ce même corpus. Ses recherches sur les relations entre image, son, geste et espace l’amènent à collaborer régulièrement avec de nombreux artistes et musicien·ne·s. C’est dans la continuité de ces axes d’exploration au croisement du visuel et du sonore qu’elle codirige le GRAVE depuis 2022. Le travail de Jeannie Brie a été présenté dans des festivals tels qu’Eurovidéo 2015 (Vidéographies – Liège, Belgique) et Les 31e Instants Vidéos (La Friche Belle de Mai – Marseille). Elle a également performé en France et à l’étranger, notamment au LPM (Amsterdam), à Vision’R (Paris), lors de Musique Action #36 (CCAM – Vandœuvre-lès-Nancy), à Vidéoformes (Clermont-Ferrand) et pour l’Oeil d’Oodaaq (Rennes). Jeannie Brie bénéficie actuellement du soutien du CNC, de la DRAC Grand Est, de la Région Grand Est et de la ville de Nancy pour son projet Singuliers Pluriel.
Jeannie Brie is a visual artist who graduated from ENSAD-Nancy in 2014. She lives and works in Nancy, where she is involved with Ergastule and GRAVE – an experimental audio and visual research group. Her work mainly takes the form of audiovisual installations and performances, where she uses video as an image-material to sculpt and transform spaces. She thus creates immersive environments, engaging the viewer in a direct and tangible relationship with the space. Between real-life shots, archival images and studio experiments, she composes image libraries that form her « visual ranges ». Drawing on image manipulation techniques such as real-time, mapping and interactivity, she develops non-linear narratives that question our relationship to memory and time. In 2018, she rediscovered tapes from her family archives, which she questioned and reinterpreted within the corpus Variations and Souvenirs. The performances and installations created are conceived as a set of independent pieces, which respond to each other and are part of this same corpus. Her research on the relationships between image, sound, gesture and space leads her to collaborate regularly with numerous artists and musicians. It is in the continuity of these axes of exploration at the intersection of the visual and the sound that she has co-directed GRAVE since 2022. Jeannie Brie’s work has been presented at festivals such as Eurovidéo 2015 (Vidéographies – Liège, Belgium) and Les 31e Instants Vidéos (La Friche Belle de Mai – Marseille). She has also performed in France and abroad, notably at the LPM (Amsterdam), Vision’R (Paris), Musique Action #36 (CCAM – Vandœuvre-lès-Nancy), Vidéoformes (Clermont-Ferrand), and for L’Oeil d’Oodaaq (Rennes). Jeannie Brie currently receives support from the CNC, the DRAC Grand Est, the Grand Est Region, and the city of Nancy for her project Singuliers Pluriel.