{"id":68,"date":"2005-10-02T08:02:25","date_gmt":"2005-10-02T07:02:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/?p=68&#038;lang=fr"},"modified":"2013-02-07T15:19:45","modified_gmt":"2013-02-07T14:19:45","slug":"18es-instants-video-2005","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/2005\/10\/18es-instants-video-2005\/","title":{"rendered":"18es Instants Vid\u00e9o 2005"},"content":{"rendered":"<p><strong>M\u00e9moire renversante<\/strong><\/p>\n<p>Fin mai 2005, nous errions dans les rues de Mar del Plata, en Argentine, avec dans nos besaces des coquillages sur lesquels \u00e9taient inscrits des po\u00e8mes. La plupart s\u2019inspiraient d\u2019une phrase que j\u2019avais un jour d\u00e9rob\u00e9 \u00e0 un mur d\u2019Espagne : Tu me quieres virgen, tu me quieres santa, tu me tienes harta ! (Tu me veux vierge, tu me veux sainte, tu me fatigues !). Nous d\u00e9couvrons un groupe d\u2019hommes agglutin\u00e9s devant une vitrine de magasin, en train de regarder un match de football t\u00e9l\u00e9vis\u00e9. Nous les encerclons de nos coquilles po\u00e9tiques. L\u2019un d\u2019entre eux en consulte quelques-unes, et se met \u00e0 r\u00e9citer un po\u00e8me : Tu me quieres alba, me quieres de espumas, me quieres de n\u00e0car&#8230; Un texte qui, bien que ne reprenant pas les m\u00eames mots que nous, contient la m\u00eame signification. La similitude est \u00e9trange. Vous \u00eates en train de rendre un hommage \u00e0 Alfonsina Storni qui, par ailleurs souhaitait que la po\u00e9sie descende dans la rue pour que les passants puissent la ramasser comme des coquillages, nous confie-t-il. Comment est-ce possible que vous fassiez cela, ici, par hasard ? Alfonsina s\u2019est volontairement noy\u00e9e \u00e0 Mar del Plata en 1938 !<\/p>\n<p>Ni Alix de la Barri\u00e8re (une artiste avec qui j\u2019animais cet atelier de cr\u00e9ation po\u00e9tronique \u00e0 l\u2019Alliance Fran\u00e7aise), ni moi, ne connaissions cette immense po\u00e8te. La po\u00e9sie est donc l\u2019art de se souvenir de ce que nous n\u2019avons jamais su ! Elle pose la m\u00e9moire, non pas comme un fardeau d\u2019exp\u00e9riences qui nous renseigne sur ce qui s\u2019est pass\u00e9, mais comme l\u2019effet d\u2019un acte de cr\u00e9ation. La m\u00e9moire est un apr\u00e8s-coup d\u2019un futur contenu dans un po\u00e8me.<br \/>\nCes 18es Instants Vid\u00e9o sont une invitation \u00e0 penser la m\u00e9moire. Plus qu\u2019une invitation, c\u2019est un appel \u00e0 l\u2019aide. Je m\u2019explique : notre association s\u2019est engag\u00e9e, avec des partenaires europ\u00e9ens, \u00e0 \u00e9laborer une plate-forme qui devrait permettre sous peu d\u2019avoir acc\u00e8s sur Internet \u00e0 une m\u00e9moire de la cr\u00e9ation vid\u00e9o. Dans la foul\u00e9e, il nous est apparu pertinent de travailler sur l\u2019histoire de notre festival \u00e0 partir de deux questions : Que s\u2019est-il pass\u00e9 ? Que s\u2019est-il pens\u00e9 ? Durant ces dix-huit ann\u00e9es&#8230;<\/p>\n<p>Oui, mais voil\u00e0 : m\u00e9moriser, num\u00e9riser, sauvegarder, pr\u00e9server, conserver, classer, indexer&#8230; Pour quoi faire ? \u00c0 quelle n\u00e9cessit\u00e9 cela r\u00e9pond-il ? Quel lien existe-t-il entre la m\u00e9moire, la pens\u00e9e et l\u2019\u0153uvre ? Pourquoi le souvenir plut\u00f4t que l\u2019oubli ? Pourquoi la conservation plut\u00f4t que la destruction que le po\u00e8te Mallarm\u00e9 d\u00e9signait comme sa Muse ? Pourquoi tant de publicit\u00e9s autour de la pr\u00e9servation de notre patrimoine culturel (voir l\u2019effet d\u2019annonce de la biblioth\u00e8que virtuelle de Google), alors que dans le m\u00eame temps tout est fait pour produire de l\u2019amn\u00e9sie sociale ? Combien sont ceux qui n\u2019agissent pas comme si nous vivions la \u00ab fin de l\u2019Histoire \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire une \u00e9poque ind\u00e9passable, un \u00e9ternel pr\u00e9sent sans r\u00e9volution possible (futur), et donc sans pass\u00e9 ?<\/p>\n<p>Ces questions nous submergent. Il est impossible, voire ind\u00e9cent, de tenter de les r\u00e9soudre tout seul. Intuitivement, et cette intuition est la raison d\u2019\u00eatre des Instants Vid\u00e9o, nous nous tournons vers les artistes, les po\u00e9-cin\u00e9astes, les po\u00e8tes \u00e9lectroniques, les emp\u00eacheurs de penser en rond dans la cage des images num\u00e9riques. Nous sentons bien, comme le souligne plus loin Jean-Fran\u00e7ois Neplaz, qu\u2019il ne s\u2019agit pas seulement pour eux de r\u00e9sister au rouleau compresseur de l\u2019oubli, mais de r\u00e9-exister, de r\u00e9-inventer un monde.<\/p>\n<p>Mais nous nous tournons aussi vers tous ceux qui refusent de devenir spectateurs de leur propre vie, de leur propre histoire, de leur propre devenir ; vers tous ceux qui refusent que la m\u00e9moire, notre m\u00e9moire historique, soit un domaine r\u00e9serv\u00e9 de sp\u00e9cialistes qui la g\u00e8rent en fonction de crit\u00e8res qui ne servent qu\u2019eux-m\u00eames ; vers tous ceux qui pensent que l\u2019art ne doit plus \u00eatre une activit\u00e9 humaine s\u00e9par\u00e9e de notre vie quotidienne.<\/p>\n<p>Il y a toujours eu beaucoup plus de cr\u00e9ativit\u00e9 dans les actes de r\u00e9-existence accomplis, dans leur vie quotidienne, par des non-artistes que dans toute l\u2019histoire de l\u2019art. Mais ces actes sont aussit\u00f4t ni\u00e9s, cach\u00e9s, banalis\u00e9s jusqu\u2019au jour o\u00f9 une convergence plus ou moins hasardeuse porte leurs auteurs au-devant de la sc\u00e8ne : on appelle cela une r\u00e9volution. Qui a vent de ces femmes des quartiers populaires de Buenos-Aires qui inventent un nombre incroyable d\u2019actions pour lutter conjointement contre la violence conjugale, la mis\u00e8re (le tissu en guise de serviettes hygi\u00e9niques a fait sa r\u00e9apparition), l\u2019ignorance&#8230; ? Entend-t-on parler dans nos m\u00e9dias de ces usines r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es en Argentine, sans patron, et avec d\u00e9cisions collectives, \u00e9galit\u00e9 des salaires, centre culturel int\u00e9gr\u00e9&#8230; ? Non ! Les Ma\u00eetres de ce monde savent que de telles connaissances risquent de rester grav\u00e9es dans la m\u00e9moire des opprim\u00e9s et, un jour ou l\u2019autre, se convertir en actes. Il y a des m\u00e9moires qui passent \u00e0 l\u2019action.<\/p>\n<p>Ce que, sur place, j\u2019ai pu entendre de la bouche de quelques-uns de ces protagonistes sud- am\u00e9ricains, m\u2019incite \u00e0 penser, qu\u2019au contraire de l\u2019ancien utopisme, o\u00f9 des th\u00e9ories entach\u00e9es d\u2019arbitraire avan\u00e7aient au-del\u00e0 de toute pratique possible (non sans fruit cependant), il y a maintenant une foule de pratiques nouvelles qui cherchent leur th\u00e9orie. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne contemporain a donc la m\u00eame consistance renversante que ce que j\u2019avan\u00e7ais plus haut au sujet d\u2019Alfonsina : la m\u00e9moire est un effet de l\u2019acte de cr\u00e9ation (qui ouvre vers le futur) ; la th\u00e9orie (le sens que l\u2019on donne \u00e0 une pratique) survient apr\u00e8s l\u2019action.<\/p>\n<p>Voici, semble-t-il, que j\u2019ai bien mal-men\u00e9 l\u2019artiste, appel\u00e9 aussi cr\u00e9ateur, en le rel\u00e9guant \u00e0 la tra\u00eene des mouvements sociaux et de l\u2019imagination populaire. Je n\u2019\u00e9cris pas ici un plaidoyer pour la personnalit\u00e9 de l\u2019artiste, mais pour la libert\u00e9 de la cr\u00e9ation par tous et pour tous, comme disait Isidore Ducasse. Cette libert\u00e9 impliquera d\u2019in\u00e9vitables bouleversements qui d\u00e9passeront de loin le seul cercle du milieu culturel. Aucun po\u00e8me, aucune \u0153uvre d\u2019art, n\u2019a \u00e0 se mettre au service d\u2019un quelconque projet politique, d\u2019une quelconque cause qui le d\u00e9passerait. En revanche, aucun projet de soci\u00e9t\u00e9 ne peut contenir les germes d\u2019une v\u00e9ritable \u00e9mancipation humaine, s\u2019il ne porte pas comme priorit\u00e9 absolue la libert\u00e9 (et les moyens qui vont avec) de cr\u00e9er. La politique est au service de la po\u00e9sie. Voici donc, je le crois, l\u2019artiste r\u00e9habilit\u00e9.<\/p>\n<p>Pourquoi les Instants Vid\u00e9o mettent-ils tant d\u2019acharnement \u00e0 lutter sur le terrain du langage ? Parce que le langage est au c\u0153ur de tous les combats pour l\u2019abolition ou le maintien de l\u2019ali\u00e9nation pr\u00e9sente ; nous vivons dans le langage comme dans l\u2019air vici\u00e9. On \u00ab emploie \u00bb des mots comme on \u00ab emploie \u00bb une main-d\u2019\u0153uvre. Mots et main-d\u2019\u0153uvre travaillent pour le compte de l\u2019organisation dominante de la vie. Certains font m\u00eame des heures suppl\u00e9mentaires : terrorisme, islamisme, citoyennet\u00e9, rentabilit\u00e9, communication, travail, m\u00e9rite, m\u00e9moire, num\u00e9rique&#8230; Notre fonction est d\u2019accompagner toutes les luttes d\u2019\u00e9mancipations humaines et langagi\u00e8res.<\/p>\n<p>Ces 18es Instants Vid\u00e9o sont \u00e0 nouveau nomades. Comme la m\u00e9moire. Ils sont l\u2019\u0153uvre d\u2019anciennes et de nouvelles complicit\u00e9s : Aix-en-Provence, Allex, Die, Fos-sur-Mer, H\u00e9rouville St-Clair, Istres, Marseille, Martigues, Miramas, Nice, Paris&#8230; Ils doivent tout aux artistes qui nous ont \u00e0 nouveau fait confiance&#8230;<\/p>\n<p>Ils ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019aide inestimable d\u2019amis qui nous ont permis de d\u00e9couvrir des \u0153uvres comme Delphine Gros pour le Liban, Marta Ares, Graciela Taquini, Javier Robledo pour l\u2019Argentine, Bouchra Khalili pour le Maroc, Heure Exquise pour le reste du monde&#8230;<br \/>\nOn n\u2019est jamais po\u00e8te assez&#8230;<\/p>\n<p>Marc Mercier<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/instantsvideo2005.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-70\" alt=\"festival2005\" src=\"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/festival2005.jpg\" width=\"120\" height=\"180\" \/><\/a><br \/>\nCatalogue<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M\u00e9moire renversante Fin mai 2005, nous errions dans les rues de Mar del Plata, en Argentine, avec dans nos besaces [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":69,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-68","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=68"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3243,"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68\/revisions\/3243"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/69"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=68"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=68"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=68"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}