{"id":147,"date":"2011-11-09T12:36:09","date_gmt":"2011-11-09T11:36:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/fr\/?p=147"},"modified":"2018-06-06T08:33:38","modified_gmt":"2018-06-06T07:33:38","slug":"24es-instants-video-2011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/2011\/11\/24es-instants-video-2011\/","title":{"rendered":"24es Instants Vid\u00e9o 2011"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9volution po\u00e9tiques, que faire ?<\/strong><\/p>\n<p>Les m\u00e9dias ont appel\u00e9 \u00ab printemps arabe \u00bb ces r\u00e9voltes qui surgirent l\u2019hiver venu (d\u00e9cembre 2010). Peut-\u00eatre cette acc\u00e9l\u00e9ration de l\u2019Histoire dont parlait Marx, appliqu\u00e9e aux saisons. Le printemps r\u00e9el venu, les arm\u00e9es occidentales ont mis leur grain de sel pour sauver les int\u00e9r\u00eats de leur \u00e9conomie vorace en Libye. Le sang et le p\u00e9trole toujours coulent \u00e0 flot sous les auspices des marchands.<\/p>\n<p>Emport\u00e9 par l\u2019euphorie r\u00e9volutionnaire des peuples tunisiens et \u00e9gyptiens qui chass\u00e8rent de leur tr\u00f4ne des tyrans, des peuples de Syrie et du Y\u00e9men qui ne l\u00e2chent rien, des peuples du Maroc, d\u2019Alg\u00e9rie ou d\u2019Iran qui manifestent autant qu\u2019ils le peuvent, du peuple palestinien qui n\u2019en finit pas de r\u00e9sister depuis 1948, je me suis mis \u00e0 r\u00eaver un accompagnement po\u00e9tique de ces accomplissements \u00e9mancipateurs : L\u2019art vid\u00e9o n\u2019est plus seulement un art contemporain. C\u2019est d\u00e9sormais un art contemporain des r\u00e9volutions qui ont depuis ce d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e embras\u00e9 les pays du sud m\u00e9diterran\u00e9en. Ce serait un crime intellectuel de se prot\u00e9ger de leurs \u00e9claboussures, de ne pas se laisser couvrir par cette \u00e9cume du jour, traverser par ses tornades, imbiber de ses senteurs qui rendent enfin la vie respirable en ce monde cupide qui \u00e9touffe dans l\u2019\u0153uf toutes vell\u00e9it\u00e9s cr\u00e9atrices.<\/p>\n<p>La po\u00e9sie est contre le maintien de l\u2019ordre.<\/p>\n<p>R\u00e9volutions politiques\u2026 R\u00e9volutions po\u00e9tiques\u2026 Un m\u00eame combat ! Lib\u00e9ration se dit d\u00e9sormais en arabe : Tarhir.<\/p>\n<p>Tarhir plut\u00f4t que trahir ! Combien de r\u00e9volutions furent trahies au nom du bien qu\u2019elles promettaient ? C\u2019est ce au nom que le langage po\u00e9tique doit d\u00e9busquer, traquer, combattre. C\u2019est au nom de la libert\u00e9 et du bonheur (une id\u00e9e neuve, disait Saint-Just) que la R\u00e9volution de 1789 instaura la Terreur et l\u2019ordre marchand. C\u2019est au nom du communisme que la r\u00e9volution de 1917 imposa la dictature du prol\u00e9tariat contre les prol\u00e9taires eux-m\u00eames. La trahison par les faits est toujours pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019une trahison du langage. Ce vidage du langage collectif de son sens, le po\u00e8te Bernard No\u00ebl l\u2019a nomm\u00e9 la sensure. Si la censure est privation de parole, la sensure est privation de sens. Un ph\u00e9nom\u00e8ne qui s\u2019accommode parfaitement au culte de la communication actuelle : on peut tout dire sans incommoder les Pouvoirs puisque les mots n\u2019ont plus de sens. Ils sont interchangeables comme des marchandises.<\/p>\n<p>\u00ab Le pouvoir se perp\u00e9tue en d\u00e9gradant le langage. Le pouvoir ne se maintient qu\u2019en vidant de leur sens les mots qui lui ont servi \u00e0 prendre le pouvoir \u00bb, dit Bernard No\u00ebl. Il y a urgence po\u00e9tique !<\/p>\n<p>Il est heureusement des r\u00e9volutions qui ne furent jamais trahies, car elles furent vaincues. De ce fait, elles constituent une sorte de tr\u00e9sor perdu auquel nous pouvons aujourd\u2019hui nous rattacher pour nous sentir moins seuls avec nos r\u00eaves d\u2019\u00e9mancipation. Il y eut la r\u00e9volution libertaire de 1936 en Espagne, et auparavant celle de la Commune de Paris.<\/p>\n<p>Et voici que (quelle co\u00efncidence !) l\u2019ann\u00e9e 2011 correspond au 140e anniversaire de la Commune de Paris (18 mars au 28 mai 1871), et celle (moins connue) de Marseille (23 mars au 4 avril). \u00ab Qu\u2019on en tue assez pour \u00eatre tranquille durant une g\u00e9n\u00e9ration \u00bb, s\u2019exclama le venimeux versaillais Edmond de Goncourt pendant la Semaine Sanglante.<\/p>\n<p>Mais, Ils sont rares qui encore y songent \u00e0 ces jours, ces combats, ces noms, disait en 1927 le po\u00e8te futuriste russe Vladimir Ma\u00efakovski. Que dire aujourd\u2019hui ? Qui encore y songe \u00e0 ceux de la Commune ? Alexandre Dumas les nommait \u00ab le produit des \u00e9gouts \u00bb, d\u2019autres la \u00ab canaille \u00bb, la \u00ab populace \u00bb\u2026 Le vocabulaire des nantis n\u2019\u00e9volue gu\u00e8re.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui c\u2019est \u00e0 Tunis, au Caire, \u00e0 Damas, \u00e0 Tripoli\u2026 que se r\u00e9active l\u2019esprit de la Commune, cette aspiration populaire toujours bien vivante \u00e0 s\u2019\u00e9manciper du joug des despotes. Qu\u2019en est-il des artistes ? Sont-ils dispos\u00e9s \u00e0 se soulever ? Sont-ils pr\u00eats \u00e0 se lancer dans l\u2019aventure d\u2019une sorte d\u2019artvolution po\u00e9tarienne internationale ? Sont-ils convaincus de la n\u00e9cessit\u00e9 urgente \u00e0 mettre en crise le langage pour que l\u2019illusion se d\u00e9chire et que la r\u00e9alit\u00e9 se d\u00e9couvre ?<\/p>\n<p>Que firent les po\u00e8tes, le printemps venu, au temps de la Commune de Paris ? Quelques-uns n\u2019ont pas craint de salir leurs belles paroles au contact des partageux. Des po\u00e8tes communards (Rimbaud, Verlaine, Cros\u2026) fond\u00e8rent le mouvement irr\u00e9v\u00e9rencieux Zutiste (de Zut !) pour prendre d\u2019assaut le bon go\u00fbt r\u00e9actionnaire qui prit plaisir au massacre des insurg\u00e9s. Ils comprirent tr\u00e8s vite la n\u00e9cessit\u00e9 m\u00eame de dresser des barricades dans les faubourgs du langage. Ils s\u2019en prirent aux belles syntaxes, aux jolis mots, aux bons tons. Ils ferraill\u00e8rent contre les vieilles id\u00e9es patriotiques et religieuses, les naus\u00e9abonds \u00e9lans homophobes, les id\u00e9ologies belliqueuses et commer\u00e7antes. Suivirent les hydropathes et les Incoh\u00e9rents qui \u00e9largirent aux autres arts leur d\u00e9sir sain d\u2019en d\u00e9coudre avec l\u2019acad\u00e9misme.<\/p>\n<p>Je me suis mis \u00e0 r\u00eaver une \u00e9dition exceptionnelle des Instants Vid\u00e9o o\u00f9 auraient leur place les po\u00e8tes qui surent le mieux porter outrage aux mots que les pouvoirs ont vid\u00e9 de leur sens, d\u00e9charn\u00e9, d\u00e9samorc\u00e9, insensibilis\u00e9 (\u00e9nerv\u00e9, disait-on)\u2026 Bien s\u00fbr, il faudrait ici inviter le plus grand d\u2019entre eux, le ferment de la po\u00e9sie contemporaine (n\u00e9 en 1885) qui accompagna les premiers temps de la r\u00e9volution russe. J\u2019ai nomm\u00e9 le cubo-futuriste V\u00e9limir Khlebnikov. Celui \u00e0 qui le plus puissant des po\u00e8tes \u00e9lectroniques Gianni Toti rendit hommage en 1988 avec son Vid\u00e9oPo\u00e8meOp\u00e9ra : SqueeZangu\u00e9Za\u00f9m. Khlebnikov dont l\u2019\u00e9criture n\u2019a pas seulement ouvert la voie aux po\u00e8tes \u00e0 venir, mais influen\u00e7a m\u00eame des cin\u00e9astes tel qu\u2019Eisenstein. Ce n\u2019est pas pour rien que la vid\u00e9o de Toti commence et se termine par l\u2019entr\u00e9e dans la vie du po\u00e8temkine (allusion au fameux Cuirass\u00e9e Potemkine qui connut une mutinerie immortalis\u00e9e par Eisenstein), qui cr\u00e8ve l\u2019\u00e9cran pour que la fiction rejoigne notre r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Khlebnikov ne s\u2019int\u00e9ressait pas \u00e0 la conqu\u00eate de l\u2019espace (et encore moins des espaces) parce qu\u2019elle conduit toujours \u00e0 des guerres, \u00e0 des occupations de territoires ; il se passionnait pour la conqu\u00eate du temps au point d\u2019en chercher les lois math\u00e9matiques, math\u00e9po\u00e9tiques, au point d\u2019inviter les nombres \u00e0 composer avec les mots et les couleurs, au point d\u2019annoncer en 1919 la naissance de la peinture num\u00e9rique.<\/p>\n<p>Khlebnikov, l\u2019homme dont les mots chantent comme des oiseaux, dont la montre avance sur celles des \u00e9toiles. Nous invitons le po\u00e8te et r\u00e9dacteur de la revue Europe, Jean-Baptiste Para, pour mieux nous faire conna\u00eetre ce pr\u00e9curseur de toutes les avant-gardes.<\/p>\n<p>L\u2019art est un passe-temps pour certains, un passe-muraille pour d\u2019autres. Nous n\u2019aimons ni les briseurs de gr\u00e8ves ni les briseurs de r\u00eaves. Nous aimons transpercer les fronti\u00e8res, nous adorons les d\u00e9bordements, les chutes de mur et l\u2019envol des murmures et la caresse des chuchotements. Pourtant, certains ne l\u2019entendent pas de cette oreille-l\u00e0, et confondent l\u2019\u00e9lan amoureux du geste po\u00e9tique avec une op\u00e9ration terroriste. Des Talibans ont peur du regard mill\u00e9naire des statues g\u00e9antes de B\u00e2miy\u00e2n d\u00e9truites au lance-roquette. Un ambassadeur vandalise une \u0153uvre dans un mus\u00e9e de Stockholm. Le laboratoire d\u2019un artiste biotech est saisi par le FBI. \u0152uvres bombes, malgr\u00e9 elles\u2026 Nous en reparlerons avec le po\u00e8te et essayiste qu\u00e9b\u00e9cois Micha\u00ebl La Chance.<\/p>\n<p>Contamin\u00e9 par ces enthousiasmes r\u00e9volutionnaires nouvellement venus du sud m\u00e9diterran\u00e9en, je me mis \u00e0 imaginer un manifeste qui interpellerait tous ceux qui pensent dur comme fer que la po\u00e9sie est la condition de la libert\u00e9 r\u00e9volutionnaire et que la r\u00e9volution est la condition de la libert\u00e9 po\u00e9tique. Je me suis convaincu qu\u2019il est encore possible d\u2019\u00e9lever la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la hauteur de nos r\u00eaves, que l\u2019art vid\u00e9o, la po\u00e9sie \u00e9lectronique, a un r\u00f4le \u00e0 jouer aujourd\u2019hui dans les territoires occup\u00e9s par la marchandise culturelle. La r\u00e9volution po\u00e9tique ne pourra se contenter de changer les th\u00e8mes que traitent aujourd\u2019hui les arts, ni de remplacer les artistes serviles par de joyeux enrag\u00e9s, ni changer de main l\u2019appareil culturel qui g\u00e8re les biens depuis leur production jusqu\u2019\u00e0 leur consommation pour le perfectionner, mais le briser. Cette destruction r\u00e9volutionnaire ciblera avant tout les langages.<\/p>\n<p>Manifeste Zutiste Po\u00e9tronique<\/p>\n<p>Les Instants Vid\u00e9o Num\u00e9riques et Po\u00e9tiques appellent toutes les phrases, les mots, les lettres, les ponctuations, les images, les sons, les notes, les voix, les couleurs, les gestes\u2026, et tous ceux qui les produisent \u00e0 d\u00e9truire toutes formes d\u2019oppression. A cr\u00e9er des textes, des films, des peintures, des sculptures, des musiques\u2026 avec une libre autod\u00e9termination. A dynamiter les clich\u00e9s, \u00e0 d\u00e9valiser les banques d\u2019id\u00e9es re\u00e7ues, \u00e0 occuper les Acad\u00e9mies classiques et contemporaines, \u00e0 r\u00e9partir \u00e9quitablement toutes les richesses po\u00e9tiques en fonction des besoins de chacun, \u00e0 abolir toutes les fronti\u00e8res qui s\u00e9parent les langues, les genres et les disciplines artistiques, \u00e0 encourager la libre circulation et le libre \u00e9tablissement dans notre langue des paroles immigr\u00e9es, \u00e9tranges et \u00e9trang\u00e8res, avec la garantie qu\u2019ils b\u00e9n\u00e9ficieront des m\u00eames droits que les mots autochtones. Nous appelons \u00e0 abolir tous les droits de succession du capital culturel et artistique priv\u00e9 qui doit devenir automatiquement public, \u00e0 la libre disposition de chacun en fonction de ses besoins.<\/p>\n<p>Nous appelons \u00e0 transgresser toutes les lois grammaticales qui limitent la port\u00e9e de nos sensibilit\u00e9s, \u00e0 inventer de nouveaux temps de conjugaison, \u00e0 lib\u00e9rer le montage des images et des sons des ge\u00f4les cin\u00e9matographiques et orchestrales commerciales, \u00e0 dresser des barricades pour se d\u00e9fendre des polices de caract\u00e8re qui occupent nos pages po\u00e9tiques, \u00e0 d\u00e9sarmer les milices patronales qui emp\u00eachent nos (g)r\u00eaves insurrectionnel(le)s, \u00e0 assi\u00e9ger les palais o\u00f9 se gouvernent les destin\u00e9es de nos paroles rebelles, \u00e0 d\u00e9cr\u00e9ter la r\u00e9volution permanente de nos \u00e9bats amoureux et cr\u00e9ateurs.<\/p>\n<p>Nous appelons les notes de musique, les bruits de la ville, les chants, les arias d\u2019op\u00e9ra, les miaulements, les hennissements, les piaillements, les grognements, les blat\u00e8rements, les aboiements, les jappements, les sifflements, les barrissements, les vagissements \u00e0 rejoindre leurs compagnes et compagnons en lutte pour les alimenter en rythmes et en sons nouveaux. Nous appelons au sabotage des machines qui convertissent les \u00e9lans g\u00e9n\u00e9reux de la po\u00e9sie en des donn\u00e9es comptables, \u00e0 la mise \u00e0 sac des fabriques d\u2019oscars, de c\u00e9sars et autres distinctions obsol\u00e8tes, qui confondent l\u2019art avec la hi\u00e9rarchie militaire.<\/p>\n<p>Po\u00e8mes de tous poils, refusez les titres que l\u2019on vous impose ! Souvenez-vous que titulus \u00e9tait le nom des pancartes qui pendaient au cou des esclaves que l\u2019on tra\u00eenait jusqu\u2019au march\u00e9. Dressons des barricades de mots sans muse mais amus\u00e9s, sans mus\u00e9es mais d\u00e9mesur\u00e9s, et rions aux \u00e9clats d\u2019eau bue.<\/p>\n<p>Nous demandons aux \u0153uvres de se r\u00e9volter contre leurs auteurs quand ceux-ci les confondent avec les basses \u0153uvres qui les conduisent \u00e0 se prostituer dans les galeries marchandes de l\u2019art, dans les maisons closes d\u2019\u00e9dition ou pour les beaux yeux de critiques bien en vue qui tr\u00f4nent dans les bordels miteux d\u2019une presse qui oppresse la pens\u00e9e pour le bien-\u00eatre de leur panse et de leurs fesses.<\/p>\n<p>Nous encourageons les \u0153uvres \u00e0 s\u2019insurger contre les dirigismes esth\u00e9tiques qui cachent \u00e0 peine leurs connivences avec les dictatures n\u00e9o-fascistes et mercantiles, en affirmant que seule la r\u00e9volte a une valeur esth\u00e9tique : les belles ne sont belles que rebelles, les beaux ne sont beaux que rebeaux. Pardon pour cette affaire riminelle saugrenue\u2026<\/p>\n<p>Nous exigeons la lib\u00e9ration imm\u00e9diate des mots prisonniers politiques, censur\u00e9s et sensur\u00e9s, incarc\u00e9r\u00e9s dans les ge\u00f4les de la novlangue, tels que r\u00e9volution, communisme, anarchisme, libert\u00e9\u2026 et les mots prisonniers \u00e9conomiques que l\u2019on a incarc\u00e9r\u00e9s parce qu\u2019ils ont pratiqu\u00e9 pour eux-m\u00eames et leurs proches l\u2019auto-redistribution des richesses accapar\u00e9es par les directeurs de conscience, les publicitaires, les acad\u00e9miciens, les m\u00e9dias, les intellectuels serviles, les politologues et autres sp\u00e9cialistes de rien et de tout\u2026<\/p>\n<p>Nous exigeons la libert\u00e9 texuelle absolue, le plaisir textuel sans entrave, la libre association, pour toutes les images, les mots, les musiques, les danses, les architectures, quels que soient leur sexe, qu\u2019elle soit motiv\u00e9e par l\u2019amour ou le plaisir stricto sensu. Nous abolirons les mariages qu\u2019ils soient religieux ou civils et c\u00e9l\u00e8brerons la reconnaissance de tous les b\u00e2tards, n\u00e9ologismes, fondus d\u2019images, faux raccords, brouhahas musicaux, les fautes d\u2019orthographe, grammaticales ou de syntaxe\u2026 Nous accorderons le droit de plagier, d\u00e9tourner, triturer, signer de son propre nom\u2026, toutes les \u0153uvres produites par d\u2019autres\u2026 car la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e sera totalement abolie. Les \u0153uvres appartiennent momentan\u00e9ment \u00e0 celui qui en fait le meilleur usage.<\/p>\n<p>Un mot, une image ou un son pourront \u00eatre d\u00e9sign\u00e9s comme repr\u00e9sentants des autres mots, images ou sons qu\u2019\u00e0 la condition d\u2019\u00eatre imm\u00e9diatement r\u00e9vocables s\u2019ils n\u2019accomplissent pas les missions (dans la forme et dans le fond) pour lesquelles ils ont \u00e9t\u00e9 mandat\u00e9s. Les mots, les images, les sons, les couleurs, les formes, les gestes s\u2019associeront librement et se verront interdire toutes formes de subordination \u00e0 commencer par celle qui accorde une supr\u00e9matie paternelle \u00e0 l\u2019origine des mots. L\u2019\u00e9tymologie n\u2019aura plus la pr\u00e9tention d\u2019h\u00e9berger la v\u00e9rit\u00e9 du mot. L\u2019ant\u00e9riorit\u00e9 n\u2019est pas un gage de valeur sup\u00e9rieure. L\u2019\u00e9tymologie sera uniquement pr\u00e9texte \u00e0 f\u00e9condation po\u00e9tique.<\/p>\n<p>L\u2019art s\u2019est encombr\u00e9 de dessous de langue, de dessous d\u2019image, de dessous de son\u2026, comme on dit de dessous de table\u2026 pour arriver \u00e0 ses fins grossi\u00e8res, \u00e0 des passe-droits qui font que ce sont presque toujours les plus insipides qui obtiennent les lauriers de la gloire. Ils ne valent pas mieux que deux sous, le prix d\u2019un dessus de table tach\u00e9 sur lequel ils sont capables de gloser comme d\u2019autres vomissent pour surench\u00e9rir la valeur marchande de leur fatuit\u00e9 nuisible. Comme les renseignements g\u00e9n\u00e9raux, les artistes align\u00e9s sur les crit\u00e8res du march\u00e9 mettent sur table d\u2019\u00e9coute les actionnaires de l\u2019art, les boursicoteurs du bon go\u00fbt, pour adapter leur style et leurs sujets \u00e0 l\u2019air du temps.<\/p>\n<p>Signes alg\u00e9briques, g\u00e9om\u00e9triques, faites nombre ! Pictogrammes, id\u00e9ogrammes, r\u00e9bus, \u00e9critures syllabiques, phon\u00e9tiques, hi\u00e9roglyphes, alphabets phon\u00e9tiques et st\u00e9nographiques, tags, grosses taches de vin, pixels, bits\u2026 croissez et multipliez vous \u00e0 outrance dans un bain de jouissance toujours pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 celui du sang !<\/p>\n<p>Marc Mercier<\/p>\n<p><em>\u00e0 Mohamed Bouazizi, jeune tunisien dont le suicide par le feu en d\u00e9cembre 2010 fut le geste d\u00e9clencheur de la r\u00e9volution en Tunisie\u2026<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/instantsvideo2011.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-80\" alt=\"festival2011\" src=\"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/festival2011.jpg\" width=\"120\" height=\"180\" \/><\/a><br \/>\nCatalogue<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9volution po\u00e9tiques, que faire ? Les m\u00e9dias ont appel\u00e9 \u00ab printemps arabe \u00bb ces r\u00e9voltes qui surgirent l\u2019hiver venu (d\u00e9cembre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":152,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-147","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=147"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3450,"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147\/revisions\/3450"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/152"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=147"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=147"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.instantsvideo.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=147"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}