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30e édition (1988-2017) du Festival Les Instants Vidéo

30e édition (1988-2017) du Festival Les Instants Vidéo

Pré(M)édito,

A Chantal, à Anne et à Marc,

Je suis chanceuse !
Je suis chanceuse de co-diriger une association dont le projet m’enthousiasme et me captive depuis le premier jour (20 ans déjà).

Il y a bien sur les artistes et les œuvres grâce auxquelles je traverse des frontières, qui m’ouvrent à de nouveaux langages et de nouveaux regards sur le monde. Il y a aussi le public, ce collectif d’acteurs qui font des choix, donnent de leur temps, interagissent. Et l’engagement sans faille des bénévoles fidèles et joyeux.
Mais je voudrais ici mettre en avant un aspect du festival, qui le rend unique et lui donne toute sa belle dimension et qu’il nous faut défendre à tout prix.
Il y a dans ce festival une convivialité à fleur de peau qui s’exprime à tous les instants. Il ne s’agit pas d’une convivialité façon design, ou à la mode informatique (« user friendly »). Cela ne se limite pas non plus à un coté festif, ou une sympathie généralisée.
La convivialité dont je parle est en réalité un point d’appui permettant de faire l’expérience de quelque chose de plus exaltant : l’hospitalité. Le festival ne se contente pas de la parole légère mais recherche le subjectif, le singulier, il laisse place à la différence de point de vue et l’affrontement des idées, il refuse l’entre-soi et exige de l’Autre en abondance, il pose comme nécessité la créolisation des cultures et des langages, la production de pensée, la curiosité (prendre soin) au monde.
Vous savez que hospitalité et hostilité ont la même étymologie. Les deux termes viennent d’un même mot latin : « hostis » qui désigne conjointement l’étranger et l’hôte. L’hospitalité est la démarche qui humanise la rencontre de l’étranger. Elle consiste à laisser entrer l’autre chez soi ou encore à entrer soi-même chez lui.
Pour ce faire, le festival n’a pas omis de prendre en compte cette question essentielle, que j’emprunte à Nicolas Frize : «  Comment enrichir à la fois une perception individuelle et une perception publique, scénographiée trop souvent à la façon d’une messe, codifiée dans des cadres rigides (les rituels vestimentaires, linguistiques, temporels, spatiaux, financiers qui entourent les spectacles), s’adressant à des réseaux fortement soucieux d’appartenance esthétique et sociale spécialisée ? ».

A cette fin, le festival a défini ses propres rituels, considérés comme les garants d’une hospitalité radicale :
– poser le principe de gratuité (donc aussi le dégagement des chaines, une amplification de l’imaginaire…) car l’art obéit à un principe de nécessité, non d’utilité ;
– être au plus proche de la vie productive et du temps quotidien (le contraire d’une activité touristique) ;
– ne pas confiner les personnes dans des catégories qui cristallisent leur identité ;
– ne jamais considérer les « publics » comme des consommateurs ni les oeuvres comme des produits ;
– prêter une attention intime à chacun des artistes, et prendre soin des oeuvres qui nous sont confiées ;
– revendiquer le souci du détail comme le souci des mots ;
– toujours mettre en avant la sobriété, la solidarité et la coopération.

Vous comprendrez pourquoi, pour les 30 ans du festival, il m’a semblé important de rendre hommage à Chantal Maire, Anne Van den Steen et Marc Mercier, le trio fondateur qui en 1988 a su créer un « évènement sur la vidéo à Manosque qui pourrait entraîner un mouvement…» (texte fondateur de 1988 « La vidéo à la MJC. Pourquoi ? Comment ? » ).

Cette nécessité de prendre leur part dans la responsabilité d’être au monde, ils l’ont traduite par une expérience de l’hospitalité qui nous fait découvrir vers quel type de société il nous faut tendre.

Et par ces mauvais temps qui nous font violence, c’est bien de cela dont il s’agit.

Naïk M’sili

(M)édito

à Phil Spectrum (musicien / Leda Atomica) et Jean-Paul Curnier (philosophe),

30 ans que nos désirs font désordre
30 ans que nous forçons les barrages culturels, sociaux et économiques
30 ans que nous esquissons avec les artistes des plans d’évasion
30 ans que nous tissons des réseaux de complicités internationales poétiques et politiques

Nous célébrons en 2017, 30 années d’agitations vidéo poélitiques intercontinentales en 30 événements sans frontière (Tunisie, Maroc, Palestine, Kirghizistan, Egypte, Argentine, Italie, France…) et de manière totalement indisciplinée (lieux d’art, espaces sociaux, cinéma, web…). Ainsi, avec nos complices, nous dessinons une cartographie savoureuse de foyers de résistances à la bêtise humaine, mercantile, guerrière, xénophobe… L’art vidéo, c’est du savoir + des saveurs. N’oublions pas que le mot « savoir » vient de sapere, avoir du goût. Ce qui n’a pas de goût n’est pas un savoir, c’est du fast-food, du reader’s digest et autres insipides prêt-à-penser qui font de nos cervelles des panses adipeuses.

L’automne venu, nous retrouvons Marseille, notre piste d’envol et territoire d’ancrage. Un mois de novembre pimenté d’expositions d’installations vidéo, projections, performances, tables rondes, concerts, essaimés en 11 lieux (par ordre d’entrée en scène) : FRAC, Galerie Deux, SARA, ADPEI, Cinéma Les Variétés, Friche la Belle de Mai, La Fosse, ARI, Institut Culturel Italien, Canopé et au Vidéodrome 2. La cérémonie officielle d’ouverture (vers tous les possibles) se déroulera le 10 novembre au Cinéma Les Variétés qui porte bien son nom pour dire la saveur du monde métissé que nous revendiquons.
Chemin faisant, vous croiserez nos hôtes libyens qui, avec nos partenaires du REF et de la Ligue de l’Enseignement, prendront le temps de partager avec nous une question qui nous taraude inlassablement : comment faire respecter nos droits culturels et poétiques quelles que soient nos conditions sociales, mentales ou physiques d’existence ?
Nous saluons affectueusement tous les militants associatifs, tous nos partenaires accueillants, tous les artistes qui cette année encore nous prêtent mains fortes et tendres sans salaire (disette budgétaire croissante), pour un service (au) public qui doit à tout prix résister au virus de la marchandise. Toutes les entrées au festival sont donc gratuites.
Vive l’internationalisme des mouettes blessées et joyeuses, chantantes et multicolores qui d’un battement d’ailes collectif souffleront les trente bougies manifestives des Instants Vidéo critiquement numériques et follement poétiques !

Du 05 au 25 novembre 2017 : Rencontres internationales (projections, performances, tables-rondes)
Cinéma Les Variétés, Friche la Belle de Mai , La Fosse, l’ARI, l’Institut Culturel Italien
* Ouverture vendredi 10 novembre à 18h au cinéma les Variétés
* Vernissage de l’exposition samedi 11 novembre à 13h à la Friche la Belle de Mai

Du 2 novembre au 3 décembre 2017 : Exposition d’installations, programmations, performances
FRAC PACA, Galerie Deux, SARA, ADPEI, Friche la Belle de Mai, Vidéodrome 2, Canopé

 

Survol historique des Instants Vidéo avec battement des ailes du temps et des espaces

Avant : 1986, découverte par hasard de l’exposition « Où va la vidéo ? » à la Chartreuse de Villeneuve-lèz-Avignon conçue par Jean-Paul Fargier. 1987, exposition « Materia Prima » de Fabrizio Plessi à Cavaillon. Chocs esthétiques. Désir de partager ces émotions. Rédaction d’un projet pour obtenir un financement. Trois personnes nous accordent leur confiance : Jean-Pierre Daniel (Direction Régionale de la Jeunesse et des Sports), Marc Ceccaldi (Office Régionale de la Culture) et Jean-Christophe Théobald (Ministère de la Culture).
Choisir un nom : Les Instants Vidéo. Socrate parlait de l’« instant décisif », l’instant où quelque chose fait soudain événement (une rencontre amoureuse, une découverte scientifique, une révolution) et va réorienter notre vie dans une nouvelle direction sous un nouvel éclairage.

1988 : Naissance du 1er Festival Les Instants Vidéo à Manosque fondé par Chantal Maire (directrice de la Maison des Jeunes et de la Culture), Anne Van den Steen (plasticienne) et Marc Mercier (comédien). Invité d’honneur, Jean-Paul Fargier. Installations de Michel Jaffrennou, François Lejault… Soutien des distributeurs Heure Exquise !.
Festival né au sein d’une structure d’éducation populaire, dans la ville (Manosque) où naquit l’auteur des « Ecrits Pacifistes » Jean Giono en 1895, l’année même de l’invention du cinéma (écrire l’imprévisible), de la psychanalyse (dire l’indicible) et de la découverte du rayon x (montrer l’invisible). Ville où mourut en 2002 le membre fondateur de l’Internationale Situationniste, père de la psychogéographie, Ralf Rumney. Voici pour nos gènes !

1990 : Une météorite percute le festival : le plus grand poète électronique, Gianni Toti. Le seul à avoir su relier dans une même constellation les artistes révolutionnaires russes du début du XXe siècle Maïakovski, Khlebnikov, Tatlin, et les pionniers de l’art vidéo Nam June Paik, les Vasulka… Il nous enseigne l’art de mener la double bataille du langage et du politique.

1992 : Pour multiplier les lieux de diffusion régulière de l’art vidéo en Région PACA, nous animons le réseau Vidéo Lux Associés.

1993 : Co-fondation du 1er Festival d’art vidéo du Maroc à Casablanca avec l’Université des Lettres de Ben M’Sik (avec Béatrice Bertrand, Houria Lahlou, Majid Seddati…). Révélation d’un jeune et talentueux artiste : Mounir Fatmi.
Fondation, avec les artistes marocains Touria Hadraoui et Abdallah Zrika, de l’Internationale Icariste qui regroupe tous ceux qui n’ont pas renoncé à porter des ailes, malgré la possibilité de la chute d’Icare.

1997 : Le festival s’associe à une revue d’art et de poésie qui édite un numéro spécial pour l’occasion : Brûle ta propre patience / Revue Incidences dirigée par Giney Ayme. Participation des artistes Serge Pey, n+n Corsino, Jean-Paul Fargier, Dominique Barbier, Marc Mercier, Mohamed Abouelouakar, François Lejault, Abdellatif Laâbi, Christian Gattinoni, Christian Galatry, Mounir Fatmi, Gianni Toti, Denis Clarac, Sandrine Delrieu, Jean-François Guiton.
Année où les artistes Gaëlle Lucas, Sophie-Charlotte Gautier, Claire Dubois et Cathryn Boch exposent Les Pisseuses. Un journaliste titre : « De l’art ou du cochon ? ».

2000 : De retour des Balkans encore meurtris par la guerre, nous accueillons des artistes de Bosnie-Herzégovine, Croatie et de Serbie. Puissante émotion lors de la diffusion de la vidéo  L’origine du Monde  de Zoran Naskovski : un râle de jouissance répond aux cris de haine et de douleur. Œuvre qui deviendra l’emblème de l’engagement poétique des Instants Vidéo, métamorphoser une colère en un chant d’amour.
Année où Ricardo Vaglini expose Shooting Valley dédiée à la population syrienne du Golan occupée par Israël. L’attaché culturel de l’Ambassade de Syrie s’invite au vernissage. Les Renseignements Généraux nous annoncent que nous serons sous protection policière. Un tract circule nous accusant de soutenir la dictature syrienne.

2001 : Le poète croate Tomica Bajsic, rencontré à Zagreb, est arbitrairement emprisonné. Battu, il perd la mémoire. A l’appel de sa sœur Pavlica, nous créons un Comité International pour sa libération. En trois mois, nous obtenons gain de cause. Nous co-éditions avec les Editions Les Acharnistes, animées par l’artiste vidéo Alain Bourges, le premier recueil en français de sa poésie.

2003 : Dernière édition du festival à Manosque. Nous sommes conviés à aller nous faire voir ailleurs. Mobilisation de soutien autour du Comité Quetzal, du nom de l’oiseau qui une fois encagé voit ses ailes ternir et son chant s’éteindre. Parfois même, il meurt.

2004 : Migration à Marseille. Nous optons pour une édition nomade, constellation mouvante de nos dérives poétiques : France (Marseille, Metz, Paris, Nice, Aix-en-Provence, Martigues, Hérouville-St-Clair) Uruguay (Montevideo) et Argentine (Buenos-Aires).

2006 : Naïk M’Sili émet l’idée la plus audacieuse de l’histoire des Instants Vidéo, fonder un festival d’art vidéo en Palestine. Nous y allons, Gaza, Jérusalem, Ramallah. Fouille et interrogatoire par les autorités israéliennes dans une salle fermée de l’aéroport de Marignane. Même chose à Tel-Aviv. Nous ramenons de Gaza la caméra et des cassettes de l’artiste exilé Taysir Batniji. Avec ces images, il créé l’installation vidéo « Bruit de fond. Gaza. Journal intime ≠ 2 » que nous exposerons l’année suivante à La Compagnie (Marseille).
Nous éditons une histoire de l’art vidéo et de notre festival, « Le temps à l’œuvre / F(r)iction », avec une préface de Jean-Paul Fargier : Dans la famille l’Eternité, je demande l’Instant.

2007 : Aux larmes Planetoyens ! L’ami Gianni Toti est mort le 8 janvier. Terrible ce jour. Je passe une heure avec lui dans sa chambre mortuaire à Rome. Il me confie ses dernières recommandations. Il invente un sentiment : l’amourtier.

2009 : Co-fondation, avec la A.M. Qattan Foundation (Mahmoud Abu Hahhash et Nisreen Naffa), de la 1ere biennale d’art vidéo et performance de Palestine, /si:n/. Nous accompagnons la création du 1er Festival d’art vidéo de Syrie avec l’organisation AllArtNow, de Damas (Abir et Nisrine Boukhari)

2011 : Le printemps venu, les peuples des pays arabes se soulèvent. Nous publions le « Manifeste Zutiste » appelant tous les artistes à accompagner ces élans du sud d’une révolution des langages. Nous participons au 1er festival d’art vidéo du Kirghizstan.

2013 : Co-fondation du 1er Festival d’art vidéo d’Alexandrie, avec la Bibliotheca Alexandrina. Fruit d’une fructueuse et amicale collaboration avec le projet RAMI conduit par Claudine Dussollier.
Célébration du 50e anniversaire des arts vidéo à Tokyo, Yokohama, Liège, Casablanca, Ramallah et Marseille qui durant un mois deviendra la Capitale Mondiale des arts vidéo et numériques.
Publication de la 1ere histoire de l’art vidéo écrite sous forme de Tragédie : « Les enfants perdus et retrouvés de l’art vidéo » de Marc Mercier.

2014 : Accueil de la plus grande exposition d’art vidéo taïwanais, Schizophrenia 2.0, avec la complicité de Pierre Bongiovanni (ex-directeur du Centre International de la Création Vidéo).
Festival « Pour une libre circulation des corps et des désirs » où nous déclarons indiscutable et universel le devoir d’hospitalité au même titre que l’interdit de l’inceste.

2015 : Mise en place à Marseille des Galeries Populaires Ephémères avec la complicité de structures sociales.
Notre affiche « Tu me voulais vierge, je te voulais moins con » est plébiscitée. Une vieille femme nous dit : Vous ne pouvez pas savoir combien cela me soulage !

2016 : Face aux mesures liberticides et au retour en Europe des délires identitaires, nous décrétons l’État d’Urgence Poétique. La Nuit des arts vidéo, de la performance et de la psychanalyse mobilisa près d’un millier de personnes : on est jamais poète assez !
Depuis 1988, nous avons programmé près de 4000 artistes et environ 6000 œuvres en Europe, Asie, Afrique du Nord, Moyen-Orient, Extrême Orient, Asie Centrale, Amériques du Sud et du Nord. Nous leur devons tout. Nous ne sommes que des passeurs.

2017 : « Ami, où en sommes-nous de nos rêves de jeunesse ? Nous voulions surprendre le monde. Il nous a surpris », se demande le poète Abdellatif Laâbi.
Les artistes sont comme les étoiles, ils meurent sans disparaître : Jean-Christophe Averty, Vito Acconci, Armand Gatti, Philip Spectrum (du groupe marseillais mythique Leda Atomica), Jean-Paul Curnier (philosophe et réalisateur)… Les Instants Vidéo appartiennent à cette constellation des images, des notes et des paroles errantes sur la terre comme au firmament. Nous sommes les contemporains des vivants et des morts épris de justice et de beauté. Je regarde les étoiles, je vois l’anarchie qui n’est pas du désordre, mais le gouvernement indépendant de chaque lumière.
« A quoi bon les poètes en temps de détresse ? », se demandait le poète Hölderlin. Pour demeurer fidèles à l’événement qui fit naître notre désir d’en découdre avec une réalité qui broie la belle jeunesse qui éclot chaque matin. Ce que nous nommons depuis 30 ans « art vidéo » ne peut être réduit à une discipline artistique de plus, c’est une manière d’être au monde. On n’y accède pas sans désir. Chaque œuvre est la trace des ébats d’un corps et d’une pensée, les plis d’une intelligence sensible aux mouvements indomptables, les draps froissés à l’aurore des amants dogmatiques de la liberté.
Après trente années où nous avons fait provision de lumière et d’images, nous entrevoyons à peine ce qu’est un regard. En hébreux, un même mot signifie œil et source. Si l’œil reçoit la lumière, il en est aussi la source. Ça change tout. Voici un nouveau chantier pour les trois décennies à venir. L’infini est en nous. Plus, nous en sommes la source.

Après :
Je veux vivre en paix
avec moi-même
insoumis
Je veux vivre en paix
avec les autres
insoumis
Alors seulement
je pourrais me contenter de dire :
Je veux vivre.

Je veux chaque matin
allumer la flamme de l’ouvrière et de l’ouvrier inconnus
sous l’arc de triomphe de la production des richesses
Chaque euro que les collectivités publiques
attribuent aux associations culturelles
sent la sueur de leur labeur.

C’est une lourde et enthousiasmante responsabilité.

Marc Mercier

WAAW

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