Vendredi 11 novembre à 21h : Projection et Discussions

Pour notre premier geste artistique en tant que collectif associatif, il nous a paru important de rendre hommage au Festival Images Contre Nature (Marseille) et de raviver sa flamme pour nous laisser dérouter avec des films expérimentaux qui nous font travailler sur le langage des images. Nous aurons tout le temps de discuter ce soir là avec Hélène Bez et Claude Ciccolella, deux des fondateur.rice.s du festival.

👉🏽 Vendredi 11 novembre (21h/23h), à la Friche 

« Fin juillet 2018, le festival Images Contre Nature est suspendu. Dans les mois qui suivent, seul le numéro 19 – pour 19ème édition – apparaît barré d’un X et ce sera l’attente. Les rouages dorment, ne manque que l’argent. Tant qu’on ne dit pas que c’est fini, rien n’est fini. Silence, long silence. Qui a dit qu’on ne pouvait pas vivre dans un conte de fées ? Qui a dit qu’on ne pouvait pas marcher nu dans une forêt en feu, qui ? Personne. Tout le monde. Tout le monde sait que les contes de fées cachent la mort. Tout le monde sait qu’un corps humain brûle, les os se calcifient, l’eau s’évapore. Alors, au bout de quatre ans, pourquoi ne pas remettre la machine en route, un temps, peu de temps, pour arrêter définitivement l’horloge, pour un dernier programme.
Nous vous présentons « Seuls les chiens peuvent gagner. » qui n’a pas pour fonction de résumer 18 années de festival. Aucun film ne peut et n’a à être l’illustration d’une programmation, aussi riche qu’elle ait pu être. En vérité, le choix des films qui composent ce programme, repose sur un principe simple qui nous a toujours servi : se situer le plus distinctement possible et rester à cette place le plus justement possible. Lors de sa création, Images Contre Nature se fonde sur une question : comment le numérique fait évoluer cette pratique que l’on nomme « cinéma expérimental » ? À ce moment là, le mot expérimental n’est plus vraiment usité. Pourtant, il est parfait. Il ne recouvre aucune définition stricte, par conséquent aucun dogme. Il y a de quoi s’y glisser et donner son point de vue. Un parmi d’autres. Un qu’il faut cependant nommer, pour annoncer la couleur. Nous aborderons ce cinéma sous l’angle du langage, ce qui expliquera les intitulés des programmes – espace, temps, mouvement, perception, sens… – qui, une fois apparus, resteront inchangés, fils conducteurs associant des films aux sujets très divers. Aujourd’hui, en plongeant dans les archives d’ICN, avec émotion, la mécanique a changé. Intime, elle entre en résonance avec nos souvenirs, l’impossibilité de pouvoir tout montrer, l’absurdité, les questions, des douleurs, la beauté. Dix films, une concentration de ce qui, finalement, nous traverse. 

Nous remercions les réalisatrices et réalisateurs, tous ceux et celles qui nous ont accompagnés, de tout cœur. Nous remercions les Instants vidéo qui par le mot « hommage » nous ont tirés de notre douce torpeur. Ce fut infini. » H.B.

Fragments untitled #1 (6’50 – 2012) / Doplgenger (Serbie)
Le 28 juin 1989, au Kosovo, s’est déroulé le fameux discours de Slobodan Milošević, prononcé devant des milliers de personnes, diffusé en streaming par la télévision nationale. Cet événement, connu sous le nom de « happening du peuple », est autant incarné par l’image que par le discours de Milošević. L’histoire en a fait le présage de l’effondrement de la Yougoslavie, annonçant le bain de sang des guerres yougoslaves. Fragments untitled #1 dissèque l’enregistrement et le flux télévisuel de cet événement de 1989 afin de signifier l’invisible et de déconstruire la mémoire.

Sur le passage de quelques amis Facebook (5’47 – 2011) / Suzel Roche (France)
« Détournement de sons tirés des films de Guy Debord, prêt d’images issues du mur de mes amis Facebook, ce petit film n’a aucune prétention, sauf de regarder avec bienveillance notre totale immersion dans la société du spectacle, où toute réalité s’est transformée en une représentation. »

Chinese Wedding Dancer (14’50 – 2008) / Neil Needleman (États-Unis)
Au cours de l’hiver 2008, je me suis rendu à Harbin, la ville la plus au nord de la Chine, pour les noces de mon fils. Après avoir bricolé une vidéo de mariage « attendue » pour la famille, j’ai conçu ce film structuraliste pour moi-même (et pour vous aussi, si vous l’aimez). La danse que vous voyez ici ne représente qu’une petite partie des festivités, qui comprenaient également des feux d’artifice intérieurs, des changements de costumes et suffisamment à manger pour nourrir l’armée chinoise.

Impressure (4’35 – 2017) / Guli Silberstein (Angleterre)
« Impression : marque faite par pression » (Merriam-Webster). Des films de famille, images de voyages dans les paysages britanniques, explosent doucement et se dispersent sur l’écran, créant des taches vibrantes de couleurs et fusionnant des formes mouvantes. Ce travail interroge le lien entre l’homme et la nature, ainsi que l’utilisation de la technologie dans notre perception du monde naturel.

Monica’s portrait (5′ – 2015) / João Cristovão Leitão (Portugal)
Potentiellement, Mónica est tout. En conséquence, ses portraits sont nés de la juxtaposition de sons et d’images extraits de l’archive audiovisuelle qu’est YouTube. On y néglige les droits d’auteur, on y usurpe les intentions de ceux qui sont négligés et des vérités (im)possibles se testent. Ainsi, le portrait de Mónica ne se veut pas un document inflexible – qui informe et certifie – mais plutôt un montage audiovisuel capable de proposer l’inévitable identité multiple des choses, du son, de l’image et de l’humanité.

Film Loop 34: Ryoanji (1’30 – 2017) / Michael Lyons (Japon / Italie)
Filmé en 16mm au jardin de Ryoanji (枯 山 水) dans le nord-ouest de Kyoto et développé avec du matcha (thé vert en poudre). La bande sonore est de Stefano de Ponti et Elia Moretti.

Charades (7′ – 2009) / Ann Steuernagel (Etats-Unis)
« Charades » est une vidéo expérimentale – found footage – composée de films de famille et de films pornos faits maison. À l’origine, elle a été créée en réaction aux charades des politiques publiques telles que « Don’t Ask, Don’t Tell », mais elle s’est transformée en une œuvre célébrant l’identité garçon/fille et la sexualité lesbienne.

Eldorado (4’06 – 2017) / Salise Hughes (Etats-Unis)
Réalisé à partir d’images tirées du film « Glengarry Glen Ross », d’un épisode de la série TV « Bonanza » et de journaux TV montrant trois ouragans et feux de forêt majeurs – survenus pendant la réalisation – ainsi que les déversements de pétrole d’un pipeline de la BP en 2010.

Win-Nip-Egg (4’12 – 2015) / Lamathilde (Canada)
Quand un état fantômise une population, une autre réalité. Quand l’histoire défigure le visage d’une vérité. Quand mon histoire rencontre une autre histoire. Quand des femmes disparaissent sans laisser de traces. Quand blanche et privilégiée j’assiste à une répétition d’histoires. Quand la violence faite aux corps des femmes égale la violence de l’utilisation des mots.

Scherzo (5’15 – 2015) / Fabio Scacchioli & Vincenzo Core (Italie)
« O, merveille ! Combien de belles créatures vois-je ici réunies ! Que l’humanité est admirable ! O splendide Nouveau Monde Qui compte de pareils habitants ! » William Shakespeare, La Tempête