Effondrements ET Soulèvements

L’Histoire n’est qu’un enchevêtrement d’effondrements et de soulèvements, de destructions et de créations, de meurtres et de naissances, d’obscurité et de lumière… Les arts qui survivent à leur époque sont ceux qui agissent dans l’entre-deux, à l’endroit tumultueux du « et ». Ils sont dans l’œil du cyclone. Ils sont ce va-et- vient entre le noble et l’ignoble, la séduction et l’horreur, les astres et les désastres, le désir et son interdiction.

Un cri de joie et d’effroi. Il n’y a pas d’art sans heurts, disait le cinéaste soviétique Eisenstein, condition sine qua non pour engager l’œuvre dans un processus de transformation permanente. Il en va ainsi des relations amoureuses et sociales. C’est en cela que l’art ne se démarque pas de la vie quotidienne. C’est en cela qu’une manifestation artistique se doit de tenir conjointement l’infini petit (le sensible, l’intimité) et le macro-social (les luttes politiques d’émancipation). C’est ainsi que nous demeurons attentifs à l’alerte prophétique émise par le philosophe Gilles Deleuze le 18 février 1977 dans le journal Le Monde : « Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore (…)

Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de micro-fascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma. »

Le fait que Deleuze termine son énumération des espaces menacés d’étouffement par la « salle de cinéma » montre à quel point les batailles que nous menons avec les artistes vidéo pour libérer les images de l’emprise des idéologies morbides et du marché, est d’une urgence absolue. La bataille du langage est lancée. Il y a un « r » de trop dans le mot « mort ». Mais comment l’effacer ? That is the question…

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