« Les passages (amour fou, poésie, révolution) »

Une édition spéciale qui murmure : « Passage, mon beau souci ».
Festival Octobre / Novembre 2021 – Date limite 4 juin 2021

En 2021, pour la 34e année consécutive, je tenterai de trouver des solutions poétiques là où les idéologies nous entraînent vers des impasses, avec la complicité d’artistes et d’ami(e)s des arts vidéo. Cette édition spéciale sera un festival des passages. Passage de témoin, passage d’expériences. Dialectique de l’inactuel et du devenir contemporain, de la mémoire et de projections vers le futur.

J’ai durant trois décennies entrelacé les fils d’un engagement collectif de complicités artistiques, amicales et techniques, et d’un engagement personnel allant jusqu’à défier mes propres certitudes, connaissances et savoir-faire. Je souhaite cette année faire tenir ensemble, plus que jamais, les trois horizons qui m’ont toujours servi de repères pour naviguer parmi les œuvres, les pensées et les remous de l’actualité sociale et politique qui chaque année ont constitué la matière première du festival : l’amour fou (désirer, brûler, expérimenter), la poésie (faire, s’exposer, risquer), la révolution (imaginer, transformer, s’émanciper, ne plus avoir peur).

Si les termes de cette triade n’ont jamais changé, si la poésie fut toujours placée au cœur du projet, le changement radical opéré au fil du temps fut d’avoir inversé les places du premier et du dernier terme. L’amour fou (le désir) est devenu la proue du navire Instants Vidéo. 
C’est ainsi que le « changer la vie » de Rimbaud est devenu la condition du « changer le monde » de Marx. Dans les deux cas, il s’agit d’habiter poétiquement nos désirs et le monde.

Cette édition spéciale des Instants Vidéo ne sera pas précédée comme les autres années d’un appel à participation permettant aux artistes d’inscrire une œuvre qui sera par la suite sélectionnée ou pas.
La procédure proposée est un peu plus singulière : si vous souhaitez proposer une œuvre, un poème, un récit, une performance, une conférence ou une idée saugrenue, il vous faudra me dire en quoi votre contribution s’inscrit dans cette édition spéciale dont le titre provisoire est « Les passages (amour fou, poésie, révolution) » : marcmercier@instantsvideo.com

Un exemple. Je me suis moi-même posé cette contrainte. J’ai décidé, caméra et stylo au poing, d’emprunter le chemin que le philosophe allemand Walter Benjamin dût parcourir clandestinement en 1940 pour traverser les Pyrénées avec la complicité de Lisa et Hans Fittko. Il emporta avec lui ses derniers manuscrits auxquels il tenait plus qu’à sa vie. Ils disparurent. J’emporterai Le livre des passages de Walter Benjamin et Le livre de l’image d’un anonyme kaballiste catalan du XIIIe siècle pour ralentir ma marche. Rite de passage pour ne pas se laisser abattre. En quête des mots perdus. Récit d’une expérience. Fatigue. Ivresse. Extase. Imaginer l’horizon à venir au risque d’un affolement magnifique. Ou de la mort, pour ce qui concerne Benjamin.

« Chaque époque ne rêve pas seulement la suivante : en rêvant, elle tend aussi vers le réveil », nous confie Walter Benjamin. Il nous faut trouver les passages

Marc Mercier

Images : Angelus Novus / Paul Klee & Coup d’oeil rétrospectif. – Comme quoy Messer Satanas sortant du Sabbat cerchoyt de l’oeil une âme qu’il croyait avoir oubliée / Gieffe