Les vœux pas pieux mais copieux des Instants Vidéo numériques et poétiques (et pas qu’un peu) pour ne pas se laisser abattre. 

Depuis le 8 janvier 2007, les Instants Vidéo font coïncider leurs vœux de la nouvelle année avec la célébration de la mémoire toujours bien vivante du grand poète électronique Gianni Toti.
Cette année, cette célébration d’une des figures des plus époustouflantes de l’Histoire de l’art vidéo épouse le 150eanniversaire de la Commune de Paris. L’amourtier rime si bien avec émeutier.

Cher Gianni,
je me souviens de cette soirée romaine de 1992 où tu m’amenas manger une pizza non loin de l’endroit où jadis une balle fasciste troua ta jambe.
Tu me parlas du Poème de l’extase (https://www.youtube.com/watch?v=hz0sL44Ll₀) du compositeur russe Alexandre Scriabine dont tu ne connaissais d’équivalents émotionnels que les râles de jouissance d’un être aimé, car la poésie, disais-tu, transpire des corps en émoi. L’amour physique et la poésie ont un pouvoir d’ébranlement irremplaçable. Tu as alors mis en garde le jeune homme que j’étais, tout pétris de rêves, afin de le convaincre que la vraie condition de l’homme révolutionnaire, poète ou amoureux, est d’être plus fort que ses songes. Depuis les temps sombres de la résistances anti-fascistes jusqu’à ta mort, tu n’as jamais cédé d’un pouce sur tes engagements révolutionnaires, poétiques et amoureux.

Tu m’as dit : ils reviendront masqués les tueurs d’extases. Tu les reconnaitras. Ils déclareront obscènes le corps des femmes et incompréhensible la pensée poétique.
J’ai demandé : as-tu été emprisonné ? Tu m’as dit : je me suis évadé. Il ne faut pas se laisser abattre.

Ne nous trompons pas d’ennemi. Un virus bien plus terrible que le Covid 19 contamine notre intelligence sensible, le covid anti-poésie. Si nous n’y prenons garde, bientôt nous oublierons le goût et les odeurs des mots, nous excommunierons la pensée passionnelle, nous adorerons la laideur du monde marchand : en ne portant pas assistance à la beauté en danger, nous fusillons chaque matin un poète et chaque soir l’amour.
Tu m’as dit : le communisme sera érotique ou ne sera pas car la nature sensuelle est le patrimoine de tous les humains.

Une nuit, après la projection de ton opéra électronique SqueeZangeZaùm, nous allâmes au château de Lacoste rendre hommage au poète embastillé, le marquis de Sade. Notre Maître, disions-nous en riant. Je t’ai demandé : sais-tu qu’une île japonaise s’appelle Sado ? On y parquait les intellectuels et les artistes tombés en disgrâce. Tu n’es pas resté bouche bée. Tu connaissais la puissance des mots et leur pouvoir d’association.

En 2021, mettons-nous en désordre de bataille, la fleur au fusil chargé de frénésies poétiques et érotiques, préparons nos évasions des cachots de l’indélicatesse : ne nous laissons pas abattre !

Aux (l)armes, Plantoyens !, disait Gianni Toti.
Nous rirons aux larmes et nous serons poétiquement contagieux !
Nous aurons la folie en tête et du soleil au cœur car reviendra le temps des cerises.
1871 – 2021 : Vive la Commune des ébats poétiques ! Vive l’art vidéo !

Marc Mercier