Processus artistique qui propose une autre manière de pratiquer l’objet culturel, il va amener progressivement les participant.e.s à quitter la position de spectateur.rice.s pour construire une programmation vidéo de qualité.

Le projet Les Programm’acteur.rice.s est fondé sur la rencontre entre citoyens vivant sur un même territoire mais qui souvent s’ignorent : des exilés, des jeunes et moins jeunes, des personnes sans emploi ou salariées, en service civique, des travailleurs sociaux, des opérateurs culturels, des personnes en situation de handicap, en situation précaire, des étudiants …
Il s’agit, comme le stipule Patrick Chamoiseau, de « construire des fraternités imprévisibles et transversales. »

Ainsi, des femmes et des hommes d’horizons différents mettent en commun progressivement leurs regards, leurs sensibilités, leurs savoirs et expériences pour construire collectivement une programmation d’art vidéo international (à partir d’un corpus d’une quarantaine d’œuvres puisées dans les archives du Festival Les Instants Vidéo).  Jouant un rôle actif au cœur de leur cité, il.elle.s proposent un rendez-vous afin de partager leur sélection avec un public, dans une salle de projection de la Ville. 

Chaque atelier à été inspiré par une thématique poétique : 

  • en 2017, Quand vient l’étranger d’après un poème de Yannis Ritsos,
  • en 2019 Puisque le monde est ainsi fait, nos rêves devront être encore plus tétus, titre d’un poème de Abdellatif Laâbi
  • en 2020, La beauté d’un geste éperdu, inspiré par les écrits d’Annie Lebrun

L’artiste Sophie-Charlotte Gautier a réalisé un document sonore, trace de l’expérience partagée en 2019. Ecoutez

Peut-être diront-ils…

Certes, nous n’appartenons pas au milieu des arts et de la culture ; nous n’avons pas le langage approprié ; notre expérience est toute récente. Mais nous revendiquons le droit d’être aujourd’hui devant vous et de défendre nos choix. Nous sommes fiers de notre travail, même si nous pouvons tout à fait comprendre que certains d’entre vous en conteste le résultat. Mais à votre tour, dites pourquoi.

L’art vidéo, le pouvoir de l’imagination

  • Parce que cette forme d’art permet de se laisser aller à l’oeuvre d’art sans défiance. En se décalant de la culture télévisuelle et cinématographique valorisée par les médias dominants, les critères d’appréciation de la qualité et de l’intérêt des films ne peuvent pas s’appliquer.
  • Parce qu’il ouvre aux échanges. La polysémie des oeuvres étant une invitation à de libres interprétations et a  des prises de paroles qui respectent les individualités, elle favorise les écoutes réciproques.
  • Parce qu’il propose d’établir des liens entre des oeuvres d’art et sa propre vie. Une fois accepté que nul ne perçoit une image de la même façon, chacun.e peut alors puiser dans ses souvenirs de spectateur.rice.s, ou ses expériences vécues.

Clé de voute, le partenariat

La rencontre entre deux univers professionnels (le social & la culture) ne va pas de soi. Pour inventer une forme inédite de travail en commun, il a fallu se rencontrer, s’apprivoiser les uns les autres, s’écouter, pour qu’au fil des ans et des expériences, s’élaborent un projet tenant compte des désirs et des principes de réalité de tous. Pour mémoire, le projet Programm’acteurs est né de la volonté de plusieurs associations du champ du social d’aller plus loin dans le croisement entre leur association et la nôtre. 

Les quatre associations participantes soutiennent l’implication des travailleur.se.s sociaux tout au long du projet, à savoir 13 professionnel.le.s qui participent à l’expérience “au même titre” que leurs “usager.e.s”. 

ADPEI : acteur majeur de l’économie sociale et solidaire qui œuvre depuis 27 ans sur le territoire de Marseille, auprès de personnes en situation de précarité sociale; grâce à quatre dispositifs: une association intermédiaire (insertion par l’activité économique), un lieu d’accueil RSA, l’accompagnement PLIE et un espace numérique Adriatic.

SARA : à pour objectif depuis plus de 20 ans la lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale. Son action sociale est large (urgence, hébergement, accompagnement social, professionnel, lutte contre l’isolement…) et s’adresse selon, aux familles, aux personnes demandeur.se.s d’asile, réfugiées, sans abri…

ARI : vise à tout mettre en oeuvre pour promouvoir et favoriser le soutien à l’intégration des personnes en situation de handicap ou en difficulté. Depuis 30 ans (1985), l’ARI s’organise autour du principe de soutien à l’intégration sociale, scolaire, culturelle et professionnelle avec la nécessaire dimension de soins.

ANEF Provence a pour objet en dehors de toute préoccupation politique ou confessionnelle d’œuvrer à la prévention, la protection de l’éducation, la réadaptation, l’insertion sociale et professionnelle de personnes. Le SAAS accueille et accompagne des jeunes de 18 à 27 ans qui sont à la rue.

Paroles de travailleur.se.s sociaux :

  • « Un apport pour les publics ET pour les équipes (cela a été plus long pour les équipes) 
  • Notre public demande des échanges avec le public d’autres structures.
  • Les demandeurs d’asiles ont peu de droits durant leur demande et donc peu d’activités. Ces actions leurs permettent une activité constructive et la découverte du pays d’accueil par les rencontres, la culture, et la liberté d’expression. 
  • Permettre à des sujets jugés difficiles de se débattre. 
  • Je n’aurais jamais cru que ces personnes que j’accompagne sur leurs dossiers administratifs puissent être plus ouverts que moi-même au dialogue sur des œuvres d’art vidéo. 
  • On a cassé l’image que l’on se faisait de notre public.
  • Amène un souffle dans le quotidien car il n’y a aucune contrainte de résultat, tout le monde sort la tête du guidon, cela redonne envie, sourire, énergie.
  • On essaie de faire en sorte qu’il y ait des passerelles avec la société dans son entier. 

Ce qui nous habite en somme, c’est tenter d’inventer les conditions d’une société ou la diversité est une force, ou faire humanité ensemble est un objectif partagé.