| Résumé : | À partir de la question de l’écriture intensive
d’Antonin Artaud et du Théâtre et son double, dans lequel il pose la question du corps- hiéroglyphe qui agencerait une poétique de l’espace, et des textes futuristes (de Marinetti, Russolo...), cette performance de poésie action numérique interroge la liaison entre la naissance de l’écriture en Egypte, les dimensions ésotériques et spirituelles du langage pour construire un poème visuel et sonore immersif où se déploient les forces intensives de la vie. Cette démarche s’inscrit dans le prolongement des recherches du futurisme, dans la mesure où ce mouvement a pensé la relation entre spiritualité et technologie, et a vu dans la machine, non pas un instrument de domination, mais un outil à s’approprier, à utiliser afin de mettre sa puissance au service de l’homme et de la vie. Ainsi, Ept propose un parcours partant de métaphores concrètes sur l’origine de l’écriture et des signes, pour arriver à une abstraction du langage et de formes qui feront émerger des motifs ésotériques synthétisant divers motifs historiques, du hiéroglyphe au mandala, mais dont le symbolisme reste ouvert à l’interprétation et à l’imagination.
Ept est une expérience poétique qui met en jeu le corps dans un espace textuel et sonore, le corps est aussi bien un motif scriptural (tel un hiéropglyphe-Artaud) qu’un instrument d’écriture. Il anime un univers 3D généré en temps réel, programmé en PureData/GEM et glsl (langage de l’openGL) ; l’interactivité est créée par une reconnaissance de mouvements, ou par l’intensité et les fréquences de la voix. Ces outils informatiques ouvrent à de nouvelles causalités, telles que la liaison entre le son et le langage, entre le geste et la musique, entre la lumière et l’image… qui permettent d’explorer de nouvelles voies/x et d’interroger les relations invisibles entre le langage et la machine. L’écriture peut alors se déployer dans de multiples dimensions, selon une densité hallucinatoire à la fois du visuel (jeu sur les typographies, sur les textures, les vitesses) et du sonore (travail multicouche lié à la voix et à des drones programmés). Le geste devient l’énergie du signe, et c’est dans ce déploiement énergétique que l’écriture devient une métaphore vivante de l’intensité de la vie.
La création numérique est pensée non pas selon une mimétique des instruments de contrôle, mais elle devient le prisme pour une intensification esthético-poétique de la parole et du corps. |