| Résumé : | HISTORIQUE
Les débuts
Pendant des années 70 en Serbie (et dans toute l'ex-Yougoslavie) une scène artistique conceptuelle a été très active. Plusieurs artistes travaillaient et exposaient autour de la Galerie du Centre culturel des étudiants et les plus importants artistes et critiques d'art de l'époque présentaient leur travail dans cette galerie belgradoise. Par exemple (entre autres) Josef Beuys a donné une conférence au Centre culturel des étudiants en 1974. Donc, le public a été très bien informé de ce qui se passait sur la scène mondiale à cette époque et le travail des artistes appartenant au cercle de la Galerie, avait des caractéristiques similaires à celui de leurs collègues travaillant dans le reste de l'Europe et aux Etats Unis.
C'est dans ce contexte que les premières œuvres vidéo ont été créées, majoritairement sur le matériel technique prêté par des artistes étrangers invités à Belgrade ou bien pendant les séjours des artistes yougoslaves à l'étranger à l'occasion de la présentation de leurs œuvres lors de manifestations internationales. Les premiers travaux vidéo des artistes serbes (Marina ABRAMOVIC, Nesa PARIPOVIC, Rasa TODISIJEVIC) présentaient, le plus souvent, l'enregistrement de performances, donc le corps de l'artiste en action.
A la différence des autres pays dits socialistes de l'époque, la Yougoslavie n'a pas été caractérisée par un système de censure et de contrôle des médias très rigide. Par conséquent, l'art vidéo yougoslave de l'époque ne traitait pas de la culture télévisuelle comme thème de travail artistique.
Les Années 80
Avec le changement de la situation politique (la mort de Tito) et après
un développement considérable de la technologie vidéo, c'est dans les années 80 que la télévision devient un facteur important dans la production vidéo en Yougoslavie.
D'une part, les nouvelles générations d'artistes ont reçu une formation beaucoup plus influencée par la télévision. Ils avaient déjà une conscience plus élaborée du rôle de la télévision dans la société. D'autre part, c'est surtout la télévision (officielle) de Belgrade qui est devenue le lieu de production et de présentation de l'art vidéo dans une émission spécialisée, ”TV Galerija” créée par la rédaction des programmes culturels. Les artistes de toute l'ex-Yougoslavie (Dalibor MARTINIS et Sanja IVEKOVIC, Breda BEDAN etc.) y présentaient et produisaient leurs œuvres, manipulant le langage propre de la télévision d'une façon beaucoup plus sophistiquée qu'auparavant.
Les Années 90
Il est bien connu que dans les Balkans, les années 90 ont été des années marquées par une forte crise qui n'est pas encore terminée. Avec les conflits armés et les problèmes politiques, une crise de toutes les valeurs a secoué la société yougoslave. En même temps, un grand nombre de sociétés de productions vidéo ou d’antennes de télévisions privées ont été créées, générant un chaos médiatique en Serbie. Les médias sont devenus un véhicule de propagande et de manipulation des opinions de toutes sortes. L'espace médiatique a été envahi par une culture populiste, un mélange de folklore, de mythologie nationaliste et de décadence de tout ce qui est urbain avec un style copié sur les clips vidéo des groupes de rock occidentaux.
Les artistes ont été obligés d'entreprendre une stratégie de guérilla pour produire leurs œuvres dans les studios de télévision, la nuit, aidés par quelques amis employés dans ces institutions. C'est au cours de la deuxième partie des années 90, au moment de l'établissement du Centre d'art contemporain fondé et financé par la Fondation Soros (ce financement s'est arrêté cette année) et de la création de la Radio B92, que les possibilités de production de l'art vidéo sont réapparues. La B92 et son centre culturel Rex possédaient des moyens de production vidéo qui ont été mis à la disposition des artistes. Une centaine de bandes vidéo ont été produites jusqu'à la saisie des deux établissements par l'Etat, en avril 1999. La majorité de ces bandes est de type documentaire (et surtout traitent de thèmes politiques et sociaux), mais il y a aussi des vidéos de fiction et de l'art vidéo. Parmi les bandes que vous allez voir ce soir, plusieurs sont produites avec l'aide des trois institutions que je viens de mentionner.
SITUATION ACTUELLE
Comme conséquence de la nouvelle loi sur l'information, déjà au cours de la guerre de l'année dernière en Serbie, le contrôle des médias est devenu sévère. Au printemps de cette année, presque toutes les télévisions “indépendantes” ou privées ont été suspendues par décisions gouvernementales. La Radio B92 s'est réorganisée et a changé de nom en B2 92, puis a été ressaisie au printemps 2000. L'institution fonctionne actuellement sous l'égide de l'Association des Médias indépendants (ANEM) et produit des documentaires, entre autres celui de Janko BALJAK sur le bombardement de la télévision de Belgrade, qui sera présenté ce soir en fin de ce programme.
Le centre culturel Cinéma Rex a permis la création de deux nouvelles institutions : l'association Remont et le centre CyberRex. Remont dispose d'une petite galerie et fonctionne plutôt comme un espace de communication et de présentation du travail artistique. CyberRex organise des événements culturels et dispose de deux caméras digitales et d'un ordinateur utilisé pour le montage, et donc fonctionne toujours comme lieu de production (bien que limité) des œuvres vidéo.
Il serait nécessaire de mentionner ici la capitale de Vojvodine, Novi Sad, comme un centre important de la création vidéo en Serbie. L'Académie des Beaux-Arts de Novi Sad est la seule en Serbie équipée de moyens de production vidéo dans son studio audiovisuel fondé dès 1979. Avec son langage vidéo particulièrement poétique, le travail de Vesna TOKIN, au programme ce soir, sera représentatif du milieu artistique de Vojvodine.
Le développement de la technologie informatique a rendu possible la production vidéo “fait maison”. Bien que chers, ces moyens sont détenus par plusieurs personnes de Belgrade, entre autres, par quelques artistes. C’est surtout pendant les bombardements par l’OTAN que les bandes documentaires ont été créées, relatant l'atmosphère particulière qui régnait dans la ville. Certainement, parmi les différents supports utilisés dans les arts plastiques, la vidéo reste celui le plus adéquat pour la critique ou le commentaire des événements sociaux et politiques d'un pays.
Le programme que j'ai choisi de présenter ce soir tentera de donner une image générale du travail des artistes vidéo serbes lors des quatre dernières années. La présentation se composera de deux parties : la première, d'environ une heure et demie est faite de sept œuvres d'art vidéo. La seconde, d'environ trois quarts d'heure est consacrée aux deux vidéos documentaires.
Les quatre premières bandes ont une connotation politique ou sociale et d'après mon opinion, donnent une image de l'atmosphère régnant en Serbie, en partant de quatre points de vue différents. Les trois autres œuvres ont été choisies pour montrer une pluralité des styles présents dans l'art vidéo serbe.
En ce qui concerne les documentaires, le premier parle de la dégradation de la culture urbaine à Belgrade, et le second du bombardement du bâtiment de la télévision de Belgrade.
Ce texte a été écrit en juillet 2000 et sera réactualisé au moment de la présentation.
Dragana ZAREVAC
Née à Belgrade en 1959. Elle a étudié la musique et les langues étrangères. Travaille sur les performances sonores, la musique électronique, la vidéo et le CD-rom. En 1998, elle reçoit le Prix de Production du Centre de l'art et de la technologie des médias (ZKM) de Karlsruhe, puis le Sphinx d'Or au Festival de "Vidéo Medeya" de Novi Sad en 1999. |