| Résumé : | Une ville n’est pas seulement un lieu que nous habitons. Elle nous habite. Elle conditionne nos comportements. Aucune transformation sociale ne peut s’imaginer sans une transformation radicale de notre environnement. En 1913, El Lissizky imagina comme projet révolutionnaire émancipateur de construire « de grandes villes suspendues en l’air par d’énormes zeppelins ». En 1919, il fonda avec Malévitch le PROUN (Projet pour l’Affirmation du Futur), et déclara : « Nous nous insérons dans l’espace pour définir la nouveauté révolutionnaire de nos tableaux-architectures.
Ce n’est pas une vision mais une manière d’être au monde, une ligne entre le microcosme et le macrocosme, une volonté de faire participer le quotidien à l’universel, d’intégrer l’homme au cosmos ». Finies les villes en état d’asphyxie agrippées à la terre par la force gravitationnelle de l’habitude et de la peur de l’inconnu : des symphonies urbaines, des formes en mouvement autonome ! Finies les équilibres de tensions : des forces en expansion, des projections vers l’ailleurs et le futur !
Un des plus grands artistes situationnistes, Ralph Rumney, a fini ses jours à Manosque dans une indifférence quasi-totale. Il est l’inventeur de la psycho-géographie, de la dérive : technique du passage hâtif à travers des ambiances variées. Autrement dit, si tu pars en dérive dans le bon état d’esprit, tu finis par tomber au bon endroit.
Cette stratégie poélitique est une voie de libération du corps et du mental aux prises avec les règles de circulation et de communication qu’impose tout urbanisme. C’est devenir soi-même une ville volante, débarrassée de l’apesanteur de la raison.
Comment filmer une ville ? Comment filmer un corps dans une ville ? C’est autour de ces questions que nous avons bâti les programmations qui suivent. |