Du nomadisme en milieu culturel

Depuis que les Instants Vidéo se sont dé-sédentarisés en 2004 avec leur départ de Manosque, c'est quasiment un autre festival qui est né, avec les joies nouvelles de la liberté mais aussi parfois la nostalgie du foyer, l'envie d'être à nouveau hôte plutôt qu'invité...

D'après Wikipédia : "Le nomadisme est souvent associé à une organisation sociale de type tribal ou à ce que les anthropologues appellent "une société segmentaire" c'est-à-dire une société structurée en lignages, clans, tribus et éventuellement confédérations tribales : de nos jours, seul ce type de sociétés pratique une économie nomade ou semi-nomade.
Les peuples du désert que sont les Bédouins et les Touaregs ou ceux des steppes d'Asie centrale pratiquent encore ce mode de vie, guère adapté au système économique actuel, même si les états qu'ils traversent tentent le plus souvent de les sédentariser."

Effectivement, notre tribu nomade est accueillie par d'autres tribus plus sédentaires (La Compagnie, les écoles d'art, la MJC de Martigues, le cinéma Les Variétés, La Friche Belle de Mai, Le Polygone étoilé) qui respectent "ce mode de vie, guère adapté au système économique actuel". Ces rencontres nous enrichissent, nous permettent de rencontrer des tribus différentes et de montrer que toutes les tribus de l'art vidéo mondial sont intrinsèquement nomades et ne demandent qu'à se rencontrer, "même si les états qu'ils traversent tentent le plus souvent de les sédentariser."
Le voyage fait que parfois on se croise sans se rencontrer, on manque des étapes, on ne peut pas suivre la caravane tout au long de la route. Mais chaque étape est une fête nouvelle, et chaque départ crée l'envie de la prochaine visite.

Les Instants Vidéo sont attachés à cette liberté et aux nombreux horizons qu'elle nous offre, à toutes ces tribus croisées sur la route. Les cadeaux-vidéo qu'on leur amène sont toujours personnalisés.

La semaine passée, les Instants se sont posés au bord de l'étang de Berre, dans Martigues-la-Venise-provençale. Un hôte de choix la MJC de Martigues, gondole habilement menée par notre Chantal Maire à tous et son équipe toujours aux petits soins avec ses invités.
Mercredi les enfants petits et grands des ateliers de la MJC découvraient que la poésie électronique ne passe pas à la télé, et qu'elle sait aussi parler aux plus jeunes. Canal Maritima, l'énergique télé locale, interviewait Marc Mercier et présentait la poésie électronique marseillaise de David Lasnier (voir la vidéo). Au soir, les musiciens maison de la MJC improvisaient avec une grâce rare sur les images-surprise et les mots de Pierre Carrelet, nomade pour les Instants Vidéo en Amérique du Sud, abandonné en route par ses bagages, et qui en rigolait sur l'écran de projection. Ils avaient déjà accompagné avec la même sensibilité l'année précédente la conférence poélitique de Marc Mercier (Voir la vidéo : ).
Jeudi 16 novembre, après une série de vidéos sur la ville et avant une autre série sur le travail, l'urbaniste Sophie Bertran de Balanda nous présentait l'évolution des lieux de travail dans la ville de Martigues : la poésie peux surgir aussi en milieu industriel dans les cartes anciennes, les documents d'époque, ses photos de pêcheurs et les photos de Franck Pourcel sur les ouvriers des usines pétrochimiques de l'étang de Berre. Vendredi 17 novembre, c'était la tribu des poètes qui investissait la MJC : les lettres prennent corps, voix, avec la lecture de Denis de Lapparent et Olivier Domerg LEV IEU XPO RT (Drame en quatre actes) organisée par l'association Autres et Pareils, ils s'invitent ensuite sur l'écran pour s'électroniser en vidéo...
Samedi 18, à l'école d'art d'Aix, on reste avec la tribu des obsédés textuels pour le premier programme. Les mots de Gad Hollander s'échappent de sa voix pour s'inscrire sur l'écran en français et ainsi se faire images, la première vidéo Beyond language(s) nous avait avertis : "La traduction est un autre corps". Puis jusqu'au soir on ira de l'Amérique du Sud avec la sélection du Video Bardo (un autre poète nomade) aux corps exposés ou disparus, naissants ou vieillisants, corps-paysages ou paysages-corps, de l'érotisme bourgeois à alibi mythologique au gothique sombre et flambloyant à alibi politico-numérologique en passant par l'orgie Libertaire Intrinsèquement Médiocre (sic) mettant en scène des figures ludiques de l'entertainment capitaliste. Ouf !

On termine sur les mots directs d'une jeune marocaine qui nous regarde dans les yeux par l'intermédiaire de Maria Karim qui la filme, elle se rêve Mona Lisa (héroïne de feuilleton égyptien), riche généreuse, européenne et mariée, libre de pouvoir fumer sans se cacher et d'être nomade en dehors du Maroc. Maria Karim nous racontera ensuite que ces rêves se sont faits insulter par les spectateurs de Casablanca qui avaient tous les mêmes. Il est parfois indécent et dérangeant de découvrir ses propres rêves sur un écran, de découvrir nus le corps et la voix des autres, qui sont si différents mais en même temps nous ressemblent beaucoup trop pour nous laisser indifférents.
Les poètes marseillais nous l'ont dit, nous sommes tous autres et pareils, ça nous énerve ou nous émerveille.

Le voyage se poursuit au Polygone étoilé pour une semaine asymétrique qui s'annonce riche en autres et pareils, qu'on le veuille ou non. On vous attend, nos hôtes apprécient les visites surprises.

Julien Girardot, 19 novembre 2006.

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Olivier Domerg et Denis de Lapparent
Photo J. Girardot






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